999
CRITIQUE

Pour une fois, Top Cow a confié l'adaptation de sa série phare à un des plus grands studios d'animation japonais. Rarement Gonzo n'a déçu les fans de japanimation. Serait-ce la première fois ?

Le premier épisode de la série, diffusé le 6 avril 2006 et rapidement disponible sur Internet en version originale sous titrée, a fait très forte impression. Masane n'est pas une héroïne adolescente et un peu niaise se battant pour son bien-aimé, mais une jeune mère de famille responsable, héritière d'une arme surpuissante que convoite l'organisation NSWF... L'organisation, le monde post-apocalyptique, la dernière d'une lignée de porteuse... sont des notions que l'on retrouve presque trop souvent dans l'animation japonaise. Ce qui est novateur, c'est la maturité du personnage principal.

Après ce départ en fanfare, la désillusion. Les scénarios des épisodes suivants sont clichés, à la limite du ridicule. Une déception. Une critique plus détaillée viendra plus tard...

Une déception. La série alterne alors le bon et le mauvais, mais l'intrigue stagne dangereusement. A ce stade de l'histoire, on peut craindre le pire. Rihoko est ennuyeuse à souhait, Masane ne semble exister que par sa poitrine, et aucune réponse n'arrive. Il faut attendre la seconde partie de la série pour que le niveau remonte sensiblement. Le scénario est parfois complexe, donc difficile à suivre. L'auteur ne brouille pas vraiment les pistes, elle s'emmêle les crayons et ne parvient pas à créer d'intrigue secondaire valable. A peine quelques scénettes à la limite du ridicule dont les japonais ont le secret. Le spectateur a du mal à se faire à des patronymes trop complexes, et s'y perd dans les créatures que l'auteur nous impose : X-Con, I-Weapons... Et même si les motivations du Révérend-Père paraissent bien étranges, ce sont surtout les moyens qu'il utilise pour créer un clone parfait qui nous laissent dubitatifs.

Impossible alors de ne pas aborder la cohérence de l'univers Top Cow : Dans la série manga "Witchblade Takeru", il est (curieusement) sous-entendu que le Witchblade provient du bras coupé d'un démon. Difficile alors de faire le lien avec le Witchblade que l'on connaît, celui de Sara Pezzini. Pourtant, le staff éditorial de l'éditeur Top Cow a précisé à maintes reprises que toutes ces séries, aussi différentes soient-elles, intègrent bel et bien une seule et même continuité. Les choses se corsent encore un peu plus lorsque l'on considère la série animée :

Ici, le Witchblade est une arme quasiment technologique, responsable d'un cataclysme qui ne nous est pas vraiment expliqué. La NSWF tente par tous les moyens de cloner cette arme, mais aussi de créer une porteuse idéale pour mettre définitivement la main dessus. Ce détail est bel est bien incompatible avec l'obstination du Révérend-Père à créer un clone génétique parfait. L'auteur mélange tout et le spectateur ne comprend plus rien... Kobayashi s'est obstiné à tisser des liens entre les personnages, au détriment de la cohésion de l'ensemble.

Heureusement, la fin de la série et son côté épique sont tout à fait réussis. Yasuko Kobayashi se sent bien mieux dans ce type d'intrigue. Malheureusement, les dix dernières minutes de l'épisode #24 sont incompréhensibles, laissant planer le doute sur le destin de Masane Amaha (dans l'espoir de signer un jour pour une hypothétique saison 2, qui ne viendra plus, désormais).

Quant aux dessins, ils sont pour le moins inégaux. Il est fréquent de noter les différences entre artistes d'un épisode à l'autre, mais à des niveaux très variés. C'est ici assez flagrant, et même assez gênant. Les visages sont parfois assez doux, parfois plus anguleux, ce qui nuit à la cohérence artistique de cette œuvre.

L'accueil du public a été plutôt bon, dans l'ensemble. Witchblade est un animé qui ne laisse que très rarement indifférent : On aime "bien", ou on déteste "totalement". Sur une centaine de titres différents diffusés simultanément en 2006, Witchblade s'est classé dix-septième, ce qui est inédit pour une adaptation. La réussite commerciale de l'animé, associé à celle, tout à fait incroyable et inattendue, du jeu vidéo Darkness, allaient permettre à l'éditeur Top Cow de relever la tête suite à une période de vache maigre. Les gains financiers de ces aventures allaient même leur permettre de prendre quelques risques éditoriaux dès l'année 2008...

 

TEXT SIZE :